Nous avons interviewé Guillaume Pin, le réalisateur du clip de PushUp "What Goes Through Your Eyes". Portrait d'un passionné de graphisme, de cinéma, et de musique...
Qui es-tu ? Parle-nous de ton parcours, de ton univers et de tes projets.
J’ai une passion pour l’image depuis toujours, bercé par le cinéma et la BD. J’ai d’ailleurs longtemps hésité entre les deux carrières. Dans mon parcours, j’ai surtout été marqué par les films de genre, spécialement le fantastique et la science-fiction.
Enfant au début des années 80, les Star Wars m’ont beaucoup marqué visuellement, et toute la génération de cinéastes comme Spielberg, Cameron, Carpenter, Mann, Scorcese, sont ceux avec lesquels j’ai grandi. Mais les deux chocs majeurs ont été Blade Runner et Le Bon, la Brute et le Truand. Ces deux films m’ont définitivement donné envie de raconter des histoires avec ce média.
Gamin, je dessinais beaucoup, ce qui m’a énormément appris sur le cadre et le découpage. J’ai fait 2 ans de fac cinéma, mais je suis essentiellement autodidacte. J’ai fait divers postes sur des tournages, du théâtre, et bouffé beaucoup de films que j’ai décortiqués et analysés, et j’ai tourné des choses dès que j’ai pu. Actuellement j’ai un long métrage en développement avec Yukunkun Productions, et un projet de série de programme court d’humour noir, aussi un peu fantastique : La Cage.
Comment as-tu travaillé sur ce clip ?
Honnêtement, j’ai adoré le morceau, ce qui donne déjà une motivation. Mais quand j’ai lu le brief, j’ai su que j’avais affaire à des artistes qui voulaient quelque-chose de cinématographique, ce qui est plutôt le type de clips que j’ai envie de faire. Comme je suis assez familier avec les références auxquelles ils faisaient allusion (Blackxploitation, cinéma indé des 70’s), je n’ai pas eu à me forcer.
J’ai écouté le morceau en boucle pendant deux jours, et j’ai laissé les images venir, en cherchant un concept de réalisation qui rentre dans le budget assez restreint. Les producteurs d’ASM qui m’ont mis sur le coup ont été de très bon conseil aussi.
Quel regard portes-tu sur l'objet "clip" en tant que réalisateur ?
J’adore le clip. Je regrette qu’on y mette presque plus un sou. Un clip peut être une vraie œuvre si une rencontre se fait entre un réal et des musiciens. La musique live accompagnait les films muets, plus tard les bandes originales, et ensuite l’idée, plus tardive, d’utiliser des chansons de la culture populaire pour renforcer une époque, une émotion… Des gens comme Scorcese ou Tarantino font ça formidablement. Le cinéma et la musique, c’est une vieille histoire d’amour, et le clip est un beau moyen de la célébrer. Mais il y a aussi des approches de graphistes ou d’animateurs qui peuvent êtres géniales.
LE CINEMA ET LA MUSIQUE, C'EST UNE VIEILLE HISTOIRE D'AMOUR
Aujourd’hui, on voit beaucoup trop de clips sans idées, le groupe joue, c’est plus ou moins bien monté, et c’est tout. Le hip hop, lui, est écrasé sous une imagerie un peu vaine alors que c’est une musique qui peut être très cinégénique…
Il faut revenir à cet âge d’or des 80’s, quand Jackson et Landis ont tout torpillé avec Thriller, et où sont nés des gens comme Mondino, ou aux 90’s avec des réas comme Gondry ou Cunningham, qui illustraient Bjôrk ou Aphex Twins, des artistes qui avaient tout compris à ce que pouvait être un clip.
Selon toi, quel rôle joue le clip dans la "stratégie de promotion" d'un artiste sur Internet ?
Avec son développement, Internet peut ressusciter le marché du clip. C’est vrai que je ne regarde plus de clips à la télé, mais sur le net, je découvre plein de choses.
Avec les reseaux communautaires, les Web TV, je pense que les labels ont grand intérêt à investir de nouveau dans un média qui se transmet de manière virale dès lors qu’il est beau, bien fait, ou créatif.
Le rôle du clip, dès l’origine, c’est de promouvoir, et ça marchait déjà bien. A l’heure du net à très haut débit, cela ne peut que mieux marcher.
Fais-nous découvrir 3 clips présents ou passés qui t'ont marqué.
Spontanément, sans réfléchir et pour donner des exemples différents, j’ai été très marqué par les clips de Kate Bush dont « Cloudbusting »
qui est un vrai petit film, et en tant que fana de SF, le clip de Björk « All is full of Love » de Chris Cunningham est une claque monumentale à tous les niveaux
...et dans l’animation, « Do the Evolution » de Pearl Jam, designée par le dessinateur de comics Todd Mc Ferlaine est un exemple parfait d’adéquation image/musique.
Inutile de dire que ce sont également des morceaux que j’adore. Mais seulement trois… Tu es dur là…
Guillaume, merci !
(interview: Sébastien Gilles)