FluidRiver's Blog

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mercredi, juillet 28 2010

Des clips et des hommes : Julien Henry

Nous avons interviewé Julien Henry, le réalisateur du clip de Vitalic "Second Lives", commissionné par FluidRiver pour le label Pias Recordings. Portrait d'un Belge touche-à-tout...

Qui es-tu ? Parle-nous de ton parcours, de ton univers et de tes projets.

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Ma première approche avec le milieu audiovisuel s’est faite à l’age de 15 ans lors d’un stage à Camera etc.. qui est un atelier de production de cinéma d’animation. Ce fut un déclic !

A la suite de mes études en photo, je me suis inscrit à l’institut des arts de diffusion de Louvain La Neuve en section montage. J’ai ensuite travaillé comme monteur dans la publicité et le documentaire.

C’est en réalisant René The renegade de The Experimental Tropic Blues Band que j’ai découvert le goût de la réalisation. Pour s’autogérer, j’ai créé La Film Fabrique (site pas à jour) avec 8 autres amis de l’IAD. Depuis, nous réalisons et produisons des projets qui nous tiennent à cœur.

Parallèlement à ça, je réalise pour BeTV (canal+ Belgique) au service marketing et autopromo. Et encore quelques autres clients. J’ai plusieurs projets de clips sur le feu que ce soit en production (Piano Club) et en réalisation avec notamment Depotax, un artiste Belge à l’univers profond, sombre et décalé…

Comment as-tu travaillé sur ce clip ?

Vitalic est un artiste que j’apprécie depuis ses débuts sur l’excellent label international deejay Gigolo. Le morceau m’a tout de suite fait penser au poster accroché dans les WC d’un ami représentant 15 situations dans des toilettes. La musique avait un roulement qui se prêtait bien a enchainer plusieurs actions.

Quelques soirées à m’imaginer tout ce qui était possible de faire dans des toilettes et le scénario était là.

UNE VERSION TRASH, UNE VERSION TV

Le tournage a duré quatre jours face à une toilette construite dans nos bureaux de La Film Fabrique ou nous avons fait défiler près de 65 personnes. Le label m’a ensuite informé qu’il ne voulait pas de situations « trash ». Une version internet a alors vu le jour avec les parties censurées (ci-dessous). Ca a permis de donner une autre lecture du clip.

Vu les délais, le montage/étalonnage a du être bouclé en deux semaine. Le montage a été très difficile. Tout d’abord pour choisir parmi les personnages, ensuite pour les doser… Il a ensuite fallu cleaner tous les « défauts » de tournage comme les parois qui bougent d’une séquence à l’autre,…

Quel regard portes-tu sur l'objet "clip" en tant que réalisateur ?

C’est très intéressant de se projeter dans l’univers de quelqu’un et d’y injecter un visuel. La toute première étape de confrontation des idées est ma préférée. C’est là que nous pouvons mélanger l’univers de l’artiste avec l’interprétation que je me suis faite du morceau. Ca permet de voir si on est sur la meme longueur d’onde ou si des interprétations différentes peuvent créer un univers intéressant !

Le clip est devenu un outil indispensable de crédibilité et de visibilité pour un groupe et il est trop souvent trop peu pris en compte lors de la budgétisation par rapport à son impact. La diffusion des clips en télévision est devenue très pauvre et trop formatée.

Face à cela, la diffusion est devenue boulimique sur Internet. Trop de tout trop vite et peu de plateformes cohérentes de diffusion Dailymotion, Youtube, etc… sont encore trop fouillis ! On pouvait plus facilement se plonger dans des univers décalés devant MTV à l’époque ou cette chaine osait !

Selon toi, quel rôle joue le clip dans la "stratégie de promotion" d'un artiste sur Internet ?

C’est devenu primordial car MySpace est la première vitrine d’un groupe qu’on ne connaît pas. Le clip crédibilise, valide le bon déroulement d’un artiste musical. Sans clip, c’est comme ne pas avoir de pochette pour son album !

Nous essayons, avec La Film Fabrique, de faire prendre conscience à la Communauté Française de Belgique de continuer à injecter de l’argent dans le clip car c’est un vrai outil de promotion pour nos artistes musicaux qu’il ne faut pas délaisser…

Fais-nous découvrir 3 clips présents ou passés qui t'ont marqué.

OK, sans réfléchir : Aphex Twin - Come to Daddy et Squarepusher – Come on My selector (tous deux de Chris Cunningham). Ces deux clips sont de mini court métrage musicaux hyper esthétisés qui interprètent la musique et lui donne une nouvelle dimension.

Avalanches – Frontier Psychiatrist (Mike Maguire)
La mise en image de la musique est impressionnante dans sa justesse et le dispositif simple et efficace.

Blake - What I Like (Knuckles) J’ai découvert cette vidéo il y a peu. Très belle expérimentation !

KNUCKLES | BLAKE - WHAT I LIKE from Paul Bryan on Vimeo.

Evidemment, après avoir cité 3, j’en ai encore au moins dix qui me semblent indispensables de placer… Je m’arrête là et poste les autres sur notre Blog de La Film Fabrique (inspiration, travaux en cours et curiosités)

Julien, merci !

(interview: Sébastien Gilles)

jeudi, juillet 15 2010

Des clips et des hommes : Julien Levy

Nous avons interviewé Julien Levy, le réalisateur du clip de Vitalic "Poison Lips", commissionné par FluidRiver pour le label Pias Recordings. Portrait d'un soigneur d'image(s)...

Qui es-tu ? Parle-nous de ton parcours, de ton univers et de tes projets.

Julien Levy Mon parcours est plutôt atypique. J’étais en université de philosophie et parcourais le monde avec mon groupe de rock avant de bifurquer vers l’art dit visuel.

UNE ESTHETIQUE SOIGNEE, PRESQUE MANIEREE

C’est donc via ces deux influences que j’ai toujours voulu définir mon travail : comme un art conceptuel et en même temps très contre-culturel, très radical.

Et comme j’ai pris le parti très tôt d’enrober ce discours dans une esthétique soignée, presque maniérée, d’autres domaines m’ont un peu fait de l’oeil. Le design dans un premier temps, puis la mode et enfin le clip.

Visuellement, mon travail est en général commenté en des termes allant de “mélancolique”, “esthétisé” à “totalement dépressif”.

Comment as-tu travaillé sur ce clip ?

J’étais à Tokyo (où je reside une partie de l’année) lorsque le label a décidé de me confier la réalisation de Poison Lips.

J’avais écrit le scenario quelques semaines auparavant. J’avais en tout et pour tout une vingtaine de jours pour…finir les repérages, adapter le scenario, booker une équipe de tournage, caster les comediennes, shooter, et monter le clip. On m’avait alors sérieusement conseillé de refuser le projet…ce que je n’ai évidemment pas fait.

GUERILLA SHOOTING

Pour les anecdotes : quasiment toutes les scènes ont été tournées en guérilla shooting, d’où deux arrestations par la police tokyoïte, des attroupements dans le metro d’individus venant admirer les comédiennes, et bien sûr un typhon le premier jour du tournage.

Le tournage était vraiment dantesque, nous tournions jusqu’à 5h du matin en général dans une vingtaine de lieux différents, mais toute l’équipe était passionnée par le projet, donc au final c’était une expérience fascinante.

Quel regard portes-tu sur l'objet "clip" en tant que réalisateur ?

Cela devrait être un support artistique sans équivalent : poser une oeuvre d’art nouvelle sur une oeuvre préexistante est chose passionnante.

Et clairement, certains clips sont bien au-delà de toute liberté possible dans le cinéma. Pourtant, la démarche frénétique et créative n’est visible que dans une minorité de clips indépendants, et dans quasiment aucun clip grand public. C’est le désert.

Chacun a sa part de faute : les réalisateurs paresseux ou pistonnés, les musiciens dont la vision ne dépasse pas leur musique (et qui n’ont pas vraiment d’idées pour la pochette de l’album, le clip, etc…), et bien sûr les labels qui se reposent bien volontiers sur le niveau culturel ambiant lamentable. A nous de changer les choses.

Selon toi, quel rôle joue le clip dans la "stratégie de promotion" d'un artiste sur Internet ?

Le clip, c’est l’économie de la hype. Peu d’argent, mais un énorme rôle à jouer.

C’est souvent le clip, plus que la musique, qui va aider à cataloguer un groupe, à comprendre ce qu’il veut dire, à aller le voir en concert ou pas…

Fais-nous découvrir 3 clips présents ou passés qui t'ont marqué.

Seulement trois ? Tu es dur. Comme je disais tout à l’heure, pour moi un clip ce n’est pas une video, mais la jonction entre deux supports artistiques. C’est une ambiance. Comme ça, à froid, je dirais :

Bjork - Bachelorette
Pour le cynisme.

Dj Shadow – six days
Pour la classe.

The Black Keys
Pour le manque d’argent.

Julien, merci !

(interview: Sébastien Gilles)

lundi, juillet 5 2010

Des clips et des hommes : Guillaume Pin

Nous avons interviewé Guillaume Pin, le réalisateur du clip de PushUp "What Goes Through Your Eyes". Portrait d'un passionné de graphisme, de cinéma, et de musique...

Qui es-tu ? Parle-nous de ton parcours, de ton univers et de tes projets.

guillaume_pin J’ai une passion pour l’image depuis toujours, bercé par le cinéma et la BD. J’ai d’ailleurs longtemps hésité entre les deux carrières. Dans mon parcours, j’ai surtout été marqué par les films de genre, spécialement le fantastique et la science-fiction.

Enfant au début des années 80, les Star Wars m’ont beaucoup marqué visuellement, et toute la génération de cinéastes comme Spielberg, Cameron, Carpenter, Mann, Scorcese, sont ceux avec lesquels j’ai grandi. Mais les deux chocs majeurs ont été Blade Runner et Le Bon, la Brute et le Truand. Ces deux films m’ont définitivement donné envie de raconter des histoires avec ce média.

Gamin, je dessinais beaucoup, ce qui m’a énormément appris sur le cadre et le découpage. J’ai fait 2 ans de fac cinéma, mais je suis essentiellement autodidacte. J’ai fait divers postes sur des tournages, du théâtre, et bouffé beaucoup de films que j’ai décortiqués et analysés, et j’ai tourné des choses dès que j’ai pu. Actuellement j’ai un long métrage en développement avec Yukunkun Productions, et un projet de série de programme court d’humour noir, aussi un peu fantastique : La Cage.

Comment as-tu travaillé sur ce clip ?

Honnêtement, j’ai adoré le morceau, ce qui donne déjà une motivation. Mais quand j’ai lu le brief, j’ai su que j’avais affaire à des artistes qui voulaient quelque-chose de cinématographique, ce qui est plutôt le type de clips que j’ai envie de faire. Comme je suis assez familier avec les références auxquelles ils faisaient allusion (Blackxploitation, cinéma indé des 70’s), je n’ai pas eu à me forcer.

J’ai écouté le morceau en boucle pendant deux jours, et j’ai laissé les images venir, en cherchant un concept de réalisation qui rentre dans le budget assez restreint. Les producteurs d’ASM qui m’ont mis sur le coup ont été de très bon conseil aussi.

Quel regard portes-tu sur l'objet "clip" en tant que réalisateur ?

J’adore le clip. Je regrette qu’on y mette presque plus un sou. Un clip peut être une vraie œuvre si une rencontre se fait entre un réal et des musiciens. La musique live accompagnait les films muets, plus tard les bandes originales, et ensuite l’idée, plus tardive, d’utiliser des chansons de la culture populaire pour renforcer une époque, une émotion… Des gens comme Scorcese ou Tarantino font ça formidablement. Le cinéma et la musique, c’est une vieille histoire d’amour, et le clip est un beau moyen de la célébrer. Mais il y a aussi des approches de graphistes ou d’animateurs qui peuvent êtres géniales.

LE CINEMA ET LA MUSIQUE, C'EST UNE VIEILLE HISTOIRE D'AMOUR

Aujourd’hui, on voit beaucoup trop de clips sans idées, le groupe joue, c’est plus ou moins bien monté, et c’est tout. Le hip hop, lui, est écrasé sous une imagerie un peu vaine alors que c’est une musique qui peut être très cinégénique…

Il faut revenir à cet âge d’or des 80’s, quand Jackson et Landis ont tout torpillé avec Thriller, et où sont nés des gens comme Mondino, ou aux 90’s avec des réas comme Gondry ou Cunningham, qui illustraient Bjôrk ou Aphex Twins, des artistes qui avaient tout compris à ce que pouvait être un clip.

Selon toi, quel rôle joue le clip dans la "stratégie de promotion" d'un artiste sur Internet ?

Avec son développement, Internet peut ressusciter le marché du clip. C’est vrai que je ne regarde plus de clips à la télé, mais sur le net, je découvre plein de choses.

Avec les reseaux communautaires, les Web TV, je pense que les labels ont grand intérêt à investir de nouveau dans un média qui se transmet de manière virale dès lors qu’il est beau, bien fait, ou créatif.

Le rôle du clip, dès l’origine, c’est de promouvoir, et ça marchait déjà bien. A l’heure du net à très haut débit, cela ne peut que mieux marcher.

Fais-nous découvrir 3 clips présents ou passés qui t'ont marqué.

Spontanément, sans réfléchir et pour donner des exemples différents, j’ai été très marqué par les clips de Kate Bush dont « Cloudbusting »

qui est un vrai petit film, et en tant que fana de SF, le clip de Björk « All is full of Love » de Chris Cunningham est une claque monumentale à tous les niveaux

...et dans l’animation, « Do the Evolution » de Pearl Jam, designée par le dessinateur de comics Todd Mc Ferlaine est un exemple parfait d’adéquation image/musique.

Inutile de dire que ce sont également des morceaux que j’adore. Mais seulement trois… Tu es dur là…

Guillaume, merci !

(interview: Sébastien Gilles)