Des clips et des hommes : Julien Levy
Par FluidRiver le jeudi, juillet 15 2010, 22:41 - Des clips et des hommes - Lien permanent
Nous avons interviewé Julien Levy, le réalisateur du clip de Vitalic "Poison Lips", commissionné par FluidRiver pour le label Pias Recordings. Portrait d'un soigneur d'image(s)...
Qui es-tu ? Parle-nous de ton parcours, de ton univers et de tes projets.
Mon parcours est plutôt atypique. J’étais en université de philosophie et parcourais le monde avec mon groupe de rock avant de bifurquer vers l’art dit visuel.
UNE ESTHETIQUE SOIGNEE, PRESQUE MANIEREE
C’est donc via ces deux influences que j’ai toujours voulu définir mon travail : comme un art conceptuel et en même temps très contre-culturel, très radical.
Et comme j’ai pris le parti très tôt d’enrober ce discours dans une esthétique soignée, presque maniérée, d’autres domaines m’ont un peu fait de l’oeil. Le design dans un premier temps, puis la mode et enfin le clip.
Visuellement, mon travail est en général commenté en des termes allant de “mélancolique”, “esthétisé” à “totalement dépressif”.
Comment as-tu travaillé sur ce clip ?
J’étais à Tokyo (où je reside une partie de l’année) lorsque le label a décidé de me confier la réalisation de Poison Lips.
J’avais écrit le scenario quelques semaines auparavant. J’avais en tout et pour tout une vingtaine de jours pour…finir les repérages, adapter le scenario, booker une équipe de tournage, caster les comediennes, shooter, et monter le clip. On m’avait alors sérieusement conseillé de refuser le projet…ce que je n’ai évidemment pas fait.
GUERILLA SHOOTING
Pour les anecdotes : quasiment toutes les scènes ont été tournées en guérilla shooting, d’où deux arrestations par la police tokyoïte, des attroupements dans le metro d’individus venant admirer les comédiennes, et bien sûr un typhon le premier jour du tournage.
Le tournage était vraiment dantesque, nous tournions jusqu’à 5h du matin en général dans une vingtaine de lieux différents, mais toute l’équipe était passionnée par le projet, donc au final c’était une expérience fascinante.
Quel regard portes-tu sur l'objet "clip" en tant que réalisateur ?
Cela devrait être un support artistique sans équivalent : poser une oeuvre d’art nouvelle sur une oeuvre préexistante est chose passionnante.
Et clairement, certains clips sont bien au-delà de toute liberté possible dans le cinéma. Pourtant, la démarche frénétique et créative n’est visible que dans une minorité de clips indépendants, et dans quasiment aucun clip grand public. C’est le désert.
Chacun a sa part de faute : les réalisateurs paresseux ou pistonnés, les musiciens dont la vision ne dépasse pas leur musique (et qui n’ont pas vraiment d’idées pour la pochette de l’album, le clip, etc…), et bien sûr les labels qui se reposent bien volontiers sur le niveau culturel ambiant lamentable. A nous de changer les choses.
Selon toi, quel rôle joue le clip dans la "stratégie de promotion" d'un artiste sur Internet ?
Le clip, c’est l’économie de la hype. Peu d’argent, mais un énorme rôle à jouer.
C’est souvent le clip, plus que la musique, qui va aider à cataloguer un groupe, à comprendre ce qu’il veut dire, à aller le voir en concert ou pas…
Fais-nous découvrir 3 clips présents ou passés qui t'ont marqué.
Seulement trois ? Tu es dur. Comme je disais tout à l’heure, pour moi un clip ce n’est pas une video, mais la jonction entre deux supports artistiques. C’est une ambiance. Comme ça, à froid, je dirais :
Bjork - Bachelorette
Pour le cynisme.
Dj Shadow – six days
Pour la classe.
The Black Keys
Pour le manque d’argent.
Julien, merci !
(interview: Sébastien Gilles)
Commentaires
Bravo Julien, belle signature visuelle.
Et merci à Sébastien pour ces interviews !