Nous avons interviewé Guillaume Cosson, le réalisateur du clip de Dinner at the Thompson's "It All Began" (qui est la suite de "Running"), un concept de diptyque vidéo commissionné par FluidRiver pour le label Bonne Pioche. Portrait d'un réalisateur amoureux du graphisme...

Qui es-tu ? Parle-nous de ton parcours, de ton univers et de tes projets.

Guillaume Cosson A 12 ans, je voulais faire des décors de théâtre.

C'est quelque chose qui me fascinait. J'avais aussi une passion pour le cinéma des années 40.

Fritz Lang, Billy Wilder, Hitchcock ont bercé mon adolescence.

Je me nourrissais des VHS de la vidéothèque de mes parents cinéphiles.

Pendant mes 5 ans à l'ESAG (Ecole supérieure d'Art Graphique) et je me suis découvert une grande passion pour la réalisation et la photographie. En 2000 j'ai créé ma boite, Réactive Zone, qui m'a permis de travailler dans plusieurs domaines ; habillage télé et identité visuelle, clips, pubs, films institutionnels.

PREMIER LONG METRAGE EN 2007

En 2007, je me lance dans un long métrage en auto-production avec une troupe de théâtre. Je fais l'adaptation d'une pièce écrite par 2 jeunes auteurs, "La Méthode Olivier", une comédie policière noire à l'intérieure d'une étude de mœurs. Une très belle aventure et une très bonne école.

Des projets? …partir en vacances! …mais avant j'ai des projets de programmes courts humoristiques dont j'ai tourné 3 pilotes, un projet de concept de parfum et puis une expo sur mon travail photo intitulée "Renaissance" avec toujours cette recherche d'esthétisme dans la noirceur.

Comment as-tu travaillé sur ce clip ?

En écoutant le morceau je voyais quelque chose qui avançait sans cesse porté par la ligne de basse qui ne s'épuise jamais.

L'idée a donc été d'une caméra qui traverse des appartements dans lesquels tous le monde écoute le groupe. Pour le traitement et l'univers graphique, je suis parti d'une image de la première pochette d'album de Dinner at the Thompson's.

J'ai travaillé en collaboration avec Loutfi Maatouk (sur l'écriture, le stylisme et le casting) et Jean-Christophe Gutierres (Chef Op) pour la prise de vue.

A LA CHASSE AVEC MON APPAREIL PHOTO

Pour bien préparer le tournage j'ai réalisé un storyboard animé dans After Effects. J'ai pu me caler dessus pendant la prise de vue sur fond vert. Nous avons synchronisé nos mouvements de travelling caméra réelle avec le timming de l'animation du storyboard.

Le plus gros du travail s'est fait en post-prod avec le compositing dans After effects. Je suis parti à la chasse avec mon appareil photo pour rapporter chaque objet de déco, chaque élément de façade d'immeuble et chaque texture.

(NDLR: voici l'autre clip réalisé par Guillaume Cosson : "It All Began". Ce diptyque vidéo a été commisssionné sur FluidRiver, il s'agissait pour le réalisateur de concevoir deux clips sous la forme de 2 épisodes enchaînés)

Quel regard portes-tu sur l'objet "clip" en tant que réalisateur ?

L'image et la musique ont toujours été étroitement liés. L'exercice d'apporter une nouvelle lecture à la musique ou chanson grâce aux images est passionnant.

C'est un domaine où le réalisateur peut vraiment s'exprimer, apporter une partie de son univers, expérimenter. Il faut pour cela que l'artiste et le label te fassent confiance. Le clip est une œuvre à part entière.

Combien de clips restent dans nos mémoires comme une référence visuelle d'un artiste (Around the World par Michel Gondry) ou même comme "court-métrage" (Thriller par John Landis).

Selon toi, quel rôle joue le clip dans la "stratégie de promotion" d'un artiste sur Internet ?

Aujourd'hui l'image de l'artiste est aussi importante que ce qu'il chante. Si le packaging est beau, tu ouvres la boite et tu goûtes. Les maisons de disques le savent et pourtant il n'y a toujours pas de budgets pour les clips. C'est donc un instrument de promotion important et inégalable.

Certains l'ont bien compris en créant des clips pour faire du buzz sur internet. Je fais référence à ce clip où 2 filles parcourent la rue Montorgueil entièrement nues en chantant le playback de la chanson (NDLR: il s'agit de "Babe Babe Babe" de Make The Girl Dance).

Sur les réseaux sociaux, les gens partagent énormément les clips. Quand les internautes veulent écouter un artiste, très souvent ça se passe dans youtube. Ils cherchent le clip.

Fais-nous découvrir 3 clips présents ou passés qui t'ont marqué.

Le clip de OK Go pour la performance technique des réactions en chaîne. Le principe n'est pas nouveau mais ça fait toujours son effet.

Le clip Heaven can wait pour l'esthétique des plans et leur force. J'aime beaucoup cette pointe de surréalisme.

Le clip des Naive New Beaters. Quand on a pas de budget, on a des idées…

Guillaume, merci !

(interview: Sébastien Gilles)